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As Patria


Avec un nom pareil on pourrait imaginer qu'As Patria est un groupe de Oï! Corse ou des militants pour une France aux Français. Vous n'y êtes pas du tout, coquins. As Patria, c'est un duo que l'on voit apparaître à l'atelier DEMENTED dans le docu de Resident Advisor sur Paris, donc As Patria c'est de la techno, servie noire comme un café et aussi les organisateurs des soirées Precept de La Machine.
Ils sont jeunes (ils n'ont pas 18 ans non plus, rassurez-vous), ils marchent dans les pas de Polar Inertia, ils ont déjà un beau C.V alors on leur fait passer l'entretien "Plaisir De France".
 
 


Première question toute bête pour mieux vous connaître Messieurs : "As Patria", pourquoi ce nom, il y a un petit côté "en avant la France", non ?

Yves : On s'est connus dans une manif…


Romain : ouais nous on est très "France aux Français" !


 

C'est de la "techno Fdesouche" en fait ?

(rires, ndlr)


Romain : à l'origine on avait un blase, A Space Triangle mais il y avait trop de trucs avec Triangle : Triangle magazine, Triangle Records, des triangles partout, toutes les nenettes voulaient des triangles à la con alors comme à l'époque on essayait de faire de la techno un peu fédératrice, genre l'armée qui avance on a contracté A Space Triangle en As Patria.


Yves : et puis il y aussi le fait que lorsqu'on disait notre nom les gens ne comprenaient jamais. Alors de A Space Triangle ça c'est naturellement simplifié vers As Patria. C'est plus court, plus facile à prononcer…  Et puis As Patria c'est le sentiment que l'on a lorsque l'on mixe face à la foule : toute la patrie unie sur un même kick.

Romain : ouais ça rejoint ce qu'on aime, on aime pas jouer éloignés des gens, on aime être au milieu du public.




Vous êtes passés dans le docu Resident Advisor sur le renouveau de Paris, justement comment vous voyez évoluer les choses, c'est quoi votre point de vue sur la question ?

Yves : déjà, ça fait pas super longtemps qu'on a intégré la scène nous, c'est bon de le préciser. Deux, trois ans que l'on fait un truc de sérieux.


Romain : mais en peu de temps on a déjà pas la même conception que beaucoup de gens. On entend souvent qu'à Paris il n'y a que des connards, que les gens se crachent dessus… C'est pas du tout ce qu'on voit… Il y a des petites structures super intéressantes, des petits groupes qui montent, tu vois des collectifs comme DEMENTED sont hyper présents pour les jeunes groupes de la scène, les conseiller, les accompagner. Les mecs de Sonotown sont des potes, on joue avec eux et les mecs de la Concrete nous ont fait jouer lors de la Weather alors qu'on n'est même pas dans leur roster. Tu vois, on ne veut pas faire partie d'une famille et faire la guerre aux autres, on veut juste apprendre avec tout le monde et échanger.


Yves : et puis on est assez "détentes", on se brouille avec personne. Et on n'est pas les seuls, des types comme DSCRD sont hyper gentils. Et globalement dans la techno, les gens sont bienveillants. On forme une petite communauté où tout le monde s'entend, s'entraide.

Romain : et puis Paris redevient vachement bien. Milton Bradley jouait il y a pas longtemps et je lui avais envoyé un texto pour lui dire que j'avais aimé qu'il joue deux titres de Polar Inertia. Le mec me disait qu'il adorait. Paris redevient super attractif, il y a plein de groupes vraiment intéressants : Polar Inertia, DSCRD...



Intégrer la scène Parisienne en ce moment c’est vraiment cool ?

Romain : mais ouais, il y a une vraie effervescence. Et il faut pas voir ça comme une concurrence non plus...

Yves : tout le monde veut toujours comparer Paris avec Berlin ou Londres mais c’est pas comparable, il y a une certaine mentalité Parisienne et une façon de faire la fête qui n'est pas comparable. Quand je vois des trucs comme “Berlinons Paris” ou des noms de soirée en Allemand, je me dis qu’on se plante, Paris c’est Paris. On en parlait avec Julien de DEMENTED, il faut arrêter de se calquer sur le modèle Berlinois ou Londonien. Il faut faire les choses à notre façon, c’est notre force, notre identité et la preuve, aujourd’hui, sur la scène internationale on n’est plus du tout ridicules.

Romain : Il y a des grosses soirées, des mecs qui prennent des risques...



Et en quoi c’est une aide des structures comme DEMENTED ? C’est la où on vous voit dans le documentaire Resident Advisor d’ailleurs ?

Romain : ouais ! Ce genre d’ateliers on en fait de temps en temps mais ce qu’il faut bien noter c’est qu’il y a surtout les deux patrons : Julien et FX. D’ailleurs, tu notes bien “Julien le patron”, il déteste qu’on l’appelle comme ça ! Non mais c’est vraiment nos deux patrons, d’un côté Julien qui est un peu le mentor, jamais satisfait, il va pousser le truc et FX qui est plus côté club, qui voit l'aspect concret des choses et qui va jouer les tracks de ses petis protégés. Il nous a joués, ça a été le premier à jouer Polar Inertia... C’est vraiment une famille. 


Yves : ouais il y a un système d’entraide, ils nous accompagnent dans nos démarches, ils répondent à nos questions dès qu’on en a.

Romain : une famille quoi. Ils font même des week-ends ensemble. 

 


Oui ça marche presque comme une petite entreprise en fait, avec le week-end du C.E pour resserrer un peu lacohésion…

Romain : ouais (rires, ndlr). Mais c’est ça, ils sont présents. L’autre jour quand Antigone jouait à Lyon, ils sont partis le voir. Sonotown, c’est pareil, même s’ils ne sont pas dans la prod, c’est le même genre d’esprit de famille pour les soirées. Les soirées 75021, c’est l’exemple typique de cet esprit : une affiche avec des jeunes locaux et la preuve qu’on n’a pas besoin de caler trois headliner qui prennent 8000 balles pour que la soirée fonctionne. Et en soit les gens s’amusent tout autant.


Yves : C’est un pari risqué. Je sais que Technolita avait tenté la même chose. Substituer des headliners par des rookies français qui s’en sortent tout aussi bien.



Oui, ils ont créé une sorte de “marque repère”. Par exemple, les 75021, quelque soit l’affiche, c’est toujours de bonne facture donc on peut s'y rendre les yeux fermés.

Romain : complètement.


Yves : Et moi je trouve ça plus détente dans ce format là. T’as pas de tension.




On va revenir sur vous Messieurs, pour apprendre à vous connaitre. Si vous deviez choisir un titre qui vous représente, ça serait lequel ?


Romain : (vers Yves, ndlr) laisse moi répondre à celle ci !!!Le MDR 04!!! Le Lattice de Dettmann, le MDR 04, je viens de le chopper sur Discogs, c’est indétrônable.


Yves : moi je sais pas lequel choisir mais celui-ci fallait vraiment le mettre. Après je vais te dire un truc moins techno dans l’esprit mais un titre qui me porte c’est “REJ” de Âme. C’est classique mais dans cette track tu as tout : la tension - que Rrose reprend en ce moment - l’esprit lancinant, ça te fout une pression de malade et c’est l’essence du truc. Nous, dans nos sets on aime bien bourriner. Mais à partir d’une heure et demie on aime aussi jouer un peu plus deep, un peu plus mental.

Romain : après dans la techno qui avoine, il y a les Vault Series avec des mecs comme Moerbeck que l’on fait jouer à la Precept. Un peu cheap mais c’est monstrueux ! C’est un peu beauf, un peu fête foraine.

Yves : on nous le reprochait un peu d’ailleurs, d’être un peu bouchers ou bucherons parfois...

Romain : en même temps quand tu joues à 4h du matin, le public il attend pas un set intellectuel. Et Moerbeck on l’a booké que pour ça, ces espèces de montées... Quand tu es en soirées et que tu vois que ça commence à être pourri, tu mets du Moerbeck et c’est parti.


 

Et vous vous souvenez de votre premier coup de cœur en techno ? Le truc qui vous a fait penser que vous vouliez vraiment en faire. 


Yves : moi c’est REJ justement. A l’époque c’était au mix club...


Romain : (rires, ndlr)  je me demandais si tu allais le dire...

Yves : à l’époque, il y avait des DJs qui mixaient vraiment minimal et à l’époque on savait qu’elle allait passer à un moment de la soirée et comme elle est assez badante en soi, le public devenait à dingue chaque fois.

Romain : (vers Yves, ndlr) moi tu veux savoir ce que c’était ? C’était DJ Fred et Arnold T Delirium sur “Maxi techno 99” (rires, ndlr). Je te jure que c’est vrai, le jour où j’ai entendu ça, je me suis dit que je voulais faire de la techno. Quoi ? En même temps en 99, j’avais douze ans…

Yves : tu me diras, mon premier contact avec l’électronique c’était Benny Benassi Satisfaction. Mais après je suis passé dans la bonne éléctro, j’ai fouiné.



 


Et un premier LP, c’est quelque chose auquel vous avez déjà pensé ? Il devrait être comment selon vous ?


Romain : bah on n'y pense pas non. Là, on a un premier maxi 4 titres, on vient de commencer à l’envoyer. On attendait d’avoir “l’avis du patron”. Mais c’est bon le patron a dit qu’on pouvait envoyer. On l’a envoyé à des labels, des DJs, histoire d’avoir des feedbacks et comme les DJs sont souvent patrons de labels, on commence comme ça par le bas.


Yves : mais pour revenir à la question de l’album, un jour peut-être mais pour l’instant on en est loin. Même si on aime bien l’ambient. Et puis on ne veut pas sortir une compilation de maxis avec que du boom-boom dedans. Un album c’est quelque chose d’introspectif, faut que ça soit un projet à part entière, il faut que l’ordre des tracks soit hyper important. Et ça doit être expérimental, ça s’écoute pas en boite un LP.

Romain : moi j’adore le dernier Shifted.




Il y a le dernier Sigha aussi dans le même esprit.

Yves: pour le coup Sigha, j’ai pas capté le délire entre les tracks et j’aime bien comprendre le cheminement pourtant.

Romain : Celui de Shed est vraiment bon aussi. Mais on a encore un peu de chemin à faire avant le LP, on va se tester sur maxi déjà.

Yves : mais il y a des groupes qui me choqueraient pas en sortant déjà leur premier LP. Polar Inertia par exemple. Ils ont une telle identité, une telle puissance dans le son, tu sais que ça pourrait marcher sur un album entier.



Et en parlant de Polar Inertia, comme vous apparaissez dans la rubrique “Plaisir de France”, c’est quoi votre “Made In France” du moment ?

Yves : pour moi Polar Inertia.

Romain : il y a deux types de techno. Si tu vois le concept avec la musique, le projet dans son ensemble, c’est Polar Inertia, sans aucun doute. Après, dans le show, c'est DSCRD. Sur scène, tu es devant cinq geeks qui mettent des cailloux dans un bol et qui font des purs trucs avec.

Yves : Mais notre exemple c’est vraiment Polar Inertia, ils ont côté deep techno, Prologue et c’est pas cliché avec de la vieille basse ronflante. Pour moi, c’est les seuls qui arrivent à faire ça. Marcellus arrive aussi à faire des bonnes tracks.

Romain : moi j’ai été déçu par l’EP sur Trésor.

Yves : moi je l’adore justement. On l’a pas dit spontanément parce qu’il ne communique pas du tout sur ses sorties, il envoie ses vinyles et c’est tout, du coup il a pas la même identité que peut avoir Polar Inertia.

Romain : Et il faut pas oublier Square Mode.

Yves : Ouais c’est des très bons potes, on aime beaucoup aussi.




Finissons là dessus : qu’est ce qui se passe en 2013 pour vous ? 


Yves : l’EP déjà et ensuite il faut qu’on trouve un autre label pour le sortir en vinyle. Et ce qu’on aime avec le vinyle, c’est que ça représente un investissement, c’est une prise de risque et donc c’est une marque de confiance.

Romain : ouais tu dois avoir trois types de labels. Ceux qui signent tous et n’importe quoi, il y a les très bons labels Français et les labels tremplins. Nous on se dirige vers les labels tremplins, une structure qui nous permettra de se trouver plus de couilles. Chez les très bons labels, tu as genre Deeply Rooted.

Yves : Après en 2013 on a les soirées Precept qui continuent. Et c’est à chaque fois des types qui n’ont jamais joués à Paris.

 
Romain : Et puis des gens avec qui on aime jouer. On a pas la prétention de vouloir faire des sous avec nos soirées, on veut juste faire en sorte que le public, les DJs, nous, tout le monde ait pris du plaisir et que tout le monde soit content.
 

Yves : et puis c'est des mecs que l'on suit. Si on les fait jouer c'est aussi parce qu'on est étonnés que personne ne le fasse. Donc on a voulu montrer notre vision de la techno.

Romain : et passer un bon moment.


Histoire de vous mettre en jambes avant la Precept de Samedi (des places à gagner ici), voici le mix exclu d'As Patria pour 90bpm :

 

90bpm exclusive mix by As Patria by 90bpm on Mixcloud

 

 


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